S'il me fallait associer un lieu à mon adolescence, ce serait ce skate-parc, à Genève. Un circuit fermé fait pour roulé, patiné avec pour horizon la prochaine boucle. Un jeu de patience. Au seuil d'un départ. Avec ce véhicule qui à force de pratique a gagné notre démarche, s'est coulé dans notre silhouette. Avec ces bruits si caractéristiques, du bois, du métal qui claquent sur l'asphalte, le frottement des roues qui strie le sol et qui boucle après boucle creuse un sillon. Un trait qui n'est pas définitif, mais le premier. De nombreux suivront, le complèteront, le corrigeront, l'affirmeront, mais ils ne pourront pas lui retirer le mérite d'avoir été le premier.Ce trait encore incertain est surtout une longue trainée. Un moment très long qui aujourd'hui, à mon regard d'adulte, apparaît si bref. Moins de six ans. Une période faite de tensions, d'ambivalence, nous amenant à vivre des joies inédites et un ennui profond dans la même journée. Où paradoxalement on nous oblige à être indépendant. Où on est poussé à prendre le pouvoir sur notre conduite, alors que jusqu'ici on a suivi les balises les unes après les autres. On est jamais prêt. On est stupéfait. On hésite. On doit initier un premier mouvement. On le sait car le temps ne s'arrêtera pas pour nous, car même si on ne bouge pas les circonstances nous traîneront quelque part. Il faut avancer, même si on ne sait pas ni ce que l’on va perdre, ni ce que l'on va gagner.J’ai cherché à capter ce moment de stupéfaction, la crainte et l’indécision qui transparaît dans leur posture, leurs gestes et leurs regards. J’ai concentré en une série de photos autonomes une figure de l’adolescence devant cette présence de l’institution. Un environnement manifeste: les murs, les couloirs, le préau tout ce qui les sollicite à faire ce premier choix. 
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